4ème article de Luncien MONJARET paru dans "Vivre à Langueux" en mars 1986

LA POPULATION LANGUEUSIENNE ET SES ORIGINES

D’après le portrait que nous a laissé l’abbé BAUDRY dans le registre de paroisse rédigé au cours de l’année 1854, on pourrait supposer que les langueusiens étaient une race à part n’ayant aucun lien avec les habitants des communes d’Hillion, d’Yffiniac, de Trégueux, etc. Or, malgré le caractère entier et le tempérament spécial que leur prête l’abbé BAUDRY, et que nous étudierons par la suite, et si nous voulons remonter assez loin dans le passé, sans pour cela aller jusque dans la nuit des temps, nous découvrons que les langueusiens avaient la même origine que les habitants des communes environnantes et qu’en réalité cette origine se confondait primitivement avec celle des hommes qui peuplaient, il y a près de 3.000 ans, toute la péninsule armoricaine et par conséquent la Gaule tout entière dont l’Armorique était partie intégrante.

Les gaulois étaient des celtes qui venaient du sud de l’Allemagne occidentale, obéissant ainsi à l’instinct obscur qui a toujours poussé les races et les individus plus avant vers l’ouest.

Les celtes, que les romains appelleront « galli », sont les premiers habitants de la Gaulle historiquement connus. Ils arrivèrent dans ce pays par vagues successives. Mais on ne connaît pas, à quelques siècles près, la date de leur arrivée en Armorique. D’éminents celtisants pensent que la race primitive, dont malheureusement nous ne connaissons rien, fut supplantée par les celtes entre l’an mille et l’an 500 avant Jésus-Christ. Au milieu de cette incertitude, les historiens s’accordent cependant pour affirmer que ce sont ces hommes primitifs, et non leurs successeurs les gaulois, comme on le croit généralement, qui ont planté les mégalithes (menhirs ou pierres longues plantées en terre ; dolmens ou tables de pierre ; cromlechs ou pierres plantées en cercles ou en petites avenues). S’il n’existe pas de monuments mégalithiques sur le territoire de la commune, il en existe à Plédran et à Ploufragan où on trouve une énorme pierre couchée appelée « le lit de Margot la fée ». Mais c’est surtout à Carnac, dans le Morbihan, que se trouvent les plus célèbres alignements de menhirs.

Les romains conquirent l’Armorique en 57 avant Jésus-Christ. A leur arrivée, les habitants de notre région faisaient partie d’un petit peuple appelé les Curiosolites ou Coriosolites dont la capitale était Corseul. Le pays des Curiosolites s’étendait depuis la Rance jusqu’au Gouët et certains prétendent même qu’il s’étendait jusqu’à Guingamp.

Les romains quittèrent l’Armorique vers les années 440 après Jésus-Christ. Au cours de leur occupation qui avait duré près de 500 ans, ils construisirent de nombreuses routes. L’une d’entre elles qui va de Corseul à Carhaix, et que l’on appelle « le Chemin Noë » passe sur une petite partie du territoire de Langueux.

Après le départ des romains, des colonies civiles et religieuses, venant du pays de Galles et spécialement des comtés du Devon et du Cardigan, vinrent s’installer en Armorique qui devint alors « Britannia Minor », c'est-à-dire petite Bretagne par opposition à Grande-Bretagne. Parmi les nouveaux arrivants, nous avons déjà cité dans un précédent article le dénommé Fragan qui débarqua près du village de « Coquinet », à l’embouchure du « Rusé Bréhat » ou « Ruisseau Bréhat », et qui donna son nom à la commune de Ploufragan.

La péninsule était alors très peuplée et les nouveaux venus, qui étaient également des celtes, parlaient presque la même langue, et ne venaient pas en occupants, s’installèrent sans rencontrer d’opposition de la part de la population en place. Ces bretons insulaires furent bientôt en si grand nombre qu’ils changèrent la religion, la langue et l’organisation fédérative qui était la base de l’administration gauloise. Leur dialecte qui se rapprochait de celui des armoricains, se généralisa et fut parlé jusqu’à Redon, Rennes et Dol. Sans doute serait-il encore parlé de nos jours si les habitants de la Haute-Bretagne n’avaient dû fuir devant les envahisseurs normands (Vikings) qui dévastèrent le pays entre 880 et 940 environ. Les bretons se réfugièrent alors chez les francs où ils restèrent près d’un demi-siècle. Ils ne revinrent en Bretagne qu’après la défaite des normands par Alain Barbe-Torte, duc de Bretagne, qui les vainquit au cours de trois sanglantes batailles qui se déroulèrent à Dol, sur la grève des courses et à Nantes.

Au cours de cette période, beaucoup moururent et leurs enfants perdirent l’usage de leur langue primitive. La langue gallo-romaine ou langue gallèse remplaça alors le breton dans toute la partie de la Bretagne située à l’est de la ligne Plouha-Lanvollon, Plouagat-Corlay-Mûr.

Cette digression sur les invasions normandes nous a, sans doute, un peu éloignés du sujet, mais elle était nécessaire pour la compréhension de cet important phénomène que constitue la disparition du breton dans notre région.

Pour revenir à l’objet de notre article sur l’origine ethnique des langueusiens et d’une façon plus générale des bretons du pays gallo, nous nous sommes référés, avec toutes les réserves qui s’imposent dans un domaine aussi compliqué, aux conclusions de J.B. Illio, suivant lesquelles le breton gallo aurait 15 % de sang armoricain primitif ou gaulois, 50 % de sang gallois, 10 % de sang normand et 25 % de sang franco-gallo-romain. Nous sommes donc beaucoup plus proches des gallois par le sang que nous l’imaginons généralement.

La partie bretonnante, qui semble avoir moins souffert des invasions normandes, avant 70 % de sang gallois au 9ème siècle et ce pourcentage n’aurait pas évolué de façon appréciable depuis cette époque.

Dans le prochain article, nous apporterons quelques éléments complémentaires sur l’origine de la population des grèves.


(à suivre)


Lucien MONJARET