3ème article de Lucien MONJARET paru dans "VIVRE A LANGUEUX" en décembre 1985

LE RESEAU ROUTIER COMMUNAL ET SON EVOLUTION ENTRE LA PERIODE AYANT PRECEDE LA REVOLUTION ET L’EPOQUE ACTUELLE

A l’époque de la révolution, la longueur du réseau routier communal était évaluée à deux lieues et demie, soit dix kilomètres. Mais, il est bien évident que cette longueur ne comprenait que les routes d’une certaine importance et régulièrement entretenues : le chemin de Saint-Ilan, le chemin de Faligot, le chemin des Champs Bignons, le chemin du Tertrain, le chemin de la Roche Durand, le chemin des Madières, etc.

A côté de ces routes qui reliaient le Bourg aux principaux villages, il existait un très grand nombre de petits chemins qui n’étaient, en réalité, que des voies charretières de 1,50 m à 2,50 m de largeur, creusées d’ornières par le passage répété des charrettes aux grandes roues à bandages métalliques. Ornières irrégulières et parfois si profondes qu’il arrivait souvent que les charrettes, dont les roues n’étaient écartées entre elles que de 1,15 m, versaient avec leur chargement de foin ou de gerbes de blé qui atteignaient les trois mètres de hauteur, entraînant dans leur chute le cheval et le limon.

Dans notre premier article, nous avons signalé qu’il n’existait aucune voie de liaison entre la tuilerie de Saint-Ilan et le village de Coquinet, le passage d’un point à l’autre se faisant, pour les piétons, à travers champs, par de petits sentiers, et pour les attelages, sur le rivage de la mer à marée basse. Au cours du 19ème siècle, on construisit un tronçon de route reliant le lieu-dit « Sur le Banc » au village de Coquinet. Nous pensons que ce tronçon fut construit au cours de la deuxième moitié du 19ème siècle, car il n’est pas mentionné dans le nouveau cadastre dressé en 1847. Restait à construire le tronçon reliant la tuilerie de Saint-Ilan au lieu-dit « Sur le Banc ». Mais il fallut attendre 1933 pour que celui-ci, d’une longueur de 483 mètres, fût réalisé. Jusqu’à cette époque, le passage se faisait sur le rivage de la mer, le long de la digue qui avait été construite pour protéger la voie du chemin de fer départemental reliant Saint-Brieuc à Moncontour et à Matignon. Une voie charretière empierrée avait été aménagée le long de la digue, mais on ne pouvait l’emprunter qu’à marée basse et les cultivateurs de « Boutdeville » et de « La Cage » qui voulaient se rendre sur les marchés de Moncontour, Lamballe, Dinan, Broons, Plénée-Jugon, étaient obligés, en période de grande marée, soit de partir très tôt avant que la mer ne recouvrît le passage, soit d’attendre que le mer se fût retirée pour prendre la route avec leur attelage. Cela n’était pas sans poser de gros problèmes, surtout avant l’apparition des véhicules automobiles, si l’on sait qu’il fallait près de cinq heures pour se rendre à Dinan (60 kms) et 3 heures 30 pour se rendre à Broons (40 kms).

Mise à part la construction des deux tronçons cités plus haut, le réseau routier de Langueux n’a subi aucune évolution entre la période ayant précédé la révolution et 1945. A la libération, le réseau routier se trouvait dans un véritable état de délabrement par défaut d’entretien pendant toute la durée de la guerre. Dans certains endroits, l’eau sourdait au milieu de la chaussée, dans d’autres, des remontées d’argile rendaient la circulation difficile, sinon dangereuse, dans d’autres encore, la couche de roulement avait complètement disparu et le roc affleurait. Pour compliquer cette situation, les véhicules automobiles faisaient leur réapparition et contribuaient à détériorer, chaque jour un peu plus, l’état déjà très mauvais des chemins.

Une remise en état s’imposait d’urgence, mais il fallait parer au plus pressé : permettre aux véhicules automobiles de toutes sortes et de plus en plus nombreux, de circuler sans danger. Des réparations sommaires furent effectuées, mais ce n’est qu’à partir de 1949 qu’il fut possible de procéder à des travaux importants, c'est-à-dire empierrement et cylindrage. Le chemin vicinal ordinaire n° 32 qui va du Bourg à Boutdeville et sert de liaison avec Yffiniac en traversant les Grèves, fut inscrit en priorité en raison de son importance. Il fut empierré et cylindré en 1949 et goudronné dès 1950 car on avait constaté que le couche de roulement constituée de pierres très friables ne résisterait pas longtemps à la circulation automobile de plus en plus intense. Il avait donc fallu attendre 1950 pour que la commune disposât d’un chemin goudronné. Mais ce n’était qu’un début et il en restait beaucoup d’autres dont l’élargissement, le redressement et le goudronnage demanderaient encore plusieurs années. Les jeunes générations auront du mal à réaliser que ce n’est seulement qu’à partir de 1950 que les langueusiens ont commencé, à l’intérieur de leur commune, à circuler sur des routes goudronnées, et ils seront encore plus surpris en apprenant, qu’à cette époque, tout se faisait à main d’homme : les pierres qui composaient la couche de fondation de la chaussée et qui étaient d’une grosseur de 15 cm environ, étaient mises en place une à une à la main, les pierres qui constituaient la couche de roulement et qui étaient calibrées à l’anneau de 7 cm, étaient répandues et égalisées à la fourche, le terrassement était fait à la pelle et à la pioche et le transport des terres en excédent se faisait au moyen de petits wagonnets roulant sur des rails qu’on déplaçait au fur et à mesure de l’avancement des travaux. Nous n’avons pas le souvenir exact du temps qu’il fallait pour réaliser un kilomètre de route avec de si faibles moyens, mais ce qui est sûr, c’est que la construction d’une route où les terrassements étaient importants, durait des mois. Tous les travaux de voirie entrepris avant 1955, furent réalisés dans les conditions ci-dessus et ce n’est qu’à partir de cette époque qu’on vit, enfin, apparaître des engins mécaniques (tracto-pelles, niveleuses, bulldozers) qui réduisirent, de manière quasi incalculable, les délais d’exécution.

L’effort de rénovation du réseau routier communal allait durer près de 25 ans. Au cours de cette longue période, il fut procédé à l’élargissement et à la rectification de tous les chemins communaux (ex-chemins vicinaux ordinaires) et aussi à la construction de près de 30 chemins ruraux qui portent actuellement des noms de rue et qui n’étaient en 1945 que de simples charrois. Citons, entre autres, la rue Pascal, la rue de la Chesnaie, la rue de la Résistancre, la rue des Frères-Huby, etc. Pour l’anecdote, il nous paraît intéressant de signaler que la construction des premiers chemins ruraux provoqua une véritable levée de boucliers de la part des propriétaires riverains qui ne pouvaient imaginer qu’on pût toucher à un pouce de leur terre. Il fut alors nécessaire de procéder à 14 expropriations dont certaines ne portaient que sur quelques mètres carrés.

La physionomie du réseau routier communal a donc plus changé au cours des 30 années qui ont suivi la guerre qu’au cours des siècles précédents, puisque sa longueur est passée de 10 à 47,50 kilomètres. Mais comme rien n’est jamais fini et qu’il en est des voies et des chemins comme des maisons d’habitation ou autres réalisations humaines, on se rend compte, au bout de quelques années, que des améliorations, voire des transformations importantes, doivent être apportées à ce qui paraissait, il y a dix ans à peine, comme un travail définitif. C’est ainsi qu’on vient de procéder à des améliorations intéressantes (élargissement, construction de trottoirs et plantations), sur les rues de Faligot, de Saint-Ilan, de la Pigeonnière et des Grèves et que l’on projette de construire, près de la boulangerie du bourg, un tronçon de route qui reliera la R.N. 12 à la rue de Faligot, en vue de supprimer la circulation qui se fait actuellement devant l’église. Lorsque ce projet aura été réalisé, c’est toute la physionomie du centre bourg qui s’en trouvera modifiée.

(à suivre)

Lucien MONJARET